Secte

page publiée le 8 janvier 2019

La mission Timothée est-elle une secte ?

Note : pour une réponse rapide à cette question voir la conclusion. Par défaut cette page s’adresse aux personnes qui ont de bonne raisons de se poser la question (l’effet sur les adeptes est en général de renforcer un sentiment à tendance parano…).

Prologue

Ancien adepte de la Mission Timothée, je reçois encore 10 ans après l’ayant quitté des contacts de personnes en détresse profonde, suite à un contact direct ou indirect avec cette organisation. Comme le reste de ce blog, le but de cette page est de partager quelques éléments de réflexion à celles/ceux qui se posent des questions, qui cherchent à savoir, et en général, qui souffrent de leur présente situation. L’espoir est de pouvoir mettre des “mots sur des maux” (Y.H. Morvan).

Important : tous les noms ont été changé en Mr ou Mme X, et certaines caractéristiques des faits et personnes mentionnées sur cette page ont été changés pour respecter leur vie privée !

Pourquoi poser une telle question ?

C’est un peu l’Arlésienne en fait… À la fin des années 90 la question se posait, en particulier parce que 1) l’état faisait une sorte de chasse aux sorcières face à des attitudes sectaires extrêmement grave décelées dans d’autres organisations 2) la Mission Timothée avait été identifiée comme secte sur la base d’un démêlé avec la justice. Notons que le sujet est également récurrent au sein du milieu protestant : les uns voient cette Mission comme un milieu très légaliste, les autres (en général les adhérents) comme un milieu très sanctifié. Chacun voit midi à sa porte. D’où des années de débats… S. Fath (chercheur au CNRS) la qualifie d'”ultra-piétiste“..
La question s’est posée également car pendant de nombreuses années la Mission Timothée avait décidé de ne rejoindre aucune organisation protestante reconnue par l’état. L’argument avancé notamment par Daniel Issarte (le président de l’organisation et orateur principal) était qu’on ne se souillait pas en se mettant en contact avec d’autres organisations dont on n’approuve pas les pratiques. Traduire : les autres étant moins sanctifiés que nous, on se souillerait à leur contact. Je me rappelle une prédication notamment où Mr Issarte expliquait qu’à l’époque des guerres de religions, tout ce qu’on demandait aux protestants était de dire : “je me rallie” [à l’église catholique à l’époque] pour ne pas finir sur le bucher, et qu’il était donc hors de question de se rallier à une quelconque autre organisation, fusse-t-elle protestante.
L’histoire prit une toute autre tournure lorsqu’une loi [référence] décida que toute organisation non affilié à une organisation reconnue par l’État serait considérée comme secte, et surtout, ne pourrait plus recevoir de dons d’argent en toute légalité pour subvenir à ses besoins. La Mission Timothée s’est donc rapproché de la FEF (sans pour autant y adhérer), reconnue par l’État, et a entamé des démarches pour être reconnue d’utilité publique de par son travail social. Comme par hasard, tous les beaux discours mentionnés dans le paragraphe ci-dessus disparurent d’un seul coup, et sont totalement absents du site de la MT… (au moment où cette page est écrite en tous les cas…)

Pour en revenir à notre question principale (la Mission Timothée est-elle une secte ?), une recherche simple sur internet permet déjà d’obtenir quelques éléments, mais il est difficile d’évaluer le crédit véritable à ce qu’on trouve sur le net (ce blog y compris car il n’engage que mon opinion et mon expérience). Ceci dit, comme on dit, il n’y a pas de fumée sans feu. On note en particulier une souffrance extrême de la part des témoins.

Qu’est-ce que la Mission Timothée risque vraiment s’il s’avérait qu’il était démontré que des pratiques sectaires y ont lieu ?

Face aux accusations de sectarisme, l’argument avancé par les adhérents est qu’une telle accusation est extrêmement grave car elle entraînerait certainement le retrait de la garde des enfants des responsables (pasteurs et autres) de la Mission Timothée et/ou leur emprisonnement. On imagine ainsi aisément la souffrance qu’une telle dénonciation aurait sur des familles entières, et nous voilà fortement culpabilisés, ce qui entraîne un mutisme général sur le sujet.
Cependant cet argument est 1) totalement exagéré et 2) très sectaire en lui-même ! Démonstration : les Témoins de Jéhova sont considérés comme secte depuis des décennies, sans pour autant que tous leurs responsables soient mis en prison et/ou privés de leurs enfants. De plus, l’argument même a une connotation sectaire car produit immédiatement de la culpabilité qui conduit au mutisme. C’est un fonctionnement typique des sectes (cf e.g. “Les abus spirituels”, Poujol & Zivi).
De plus, Daniel Issarte étant considéré comme un prophète (au sens de l’Ancien Testament, voir plus loin) par les adeptes, il bénéficie d’une immunité prophétique (basée sur 1 Ch 16:22). Les oeuvres sociales envers les marginaux est un argument de plus pour faire taire les (anciens) adeptes, car ils ont l’impression qu’ils s’opposeraient à “l’oeuvre de Dieu” s’ils dénonçaient quoi que ce soit. Du coup, cette immunité prophétique conduit au mutisme par peur des conséquences, ce qui est typique des sectes encore une fois (voir plus loin pour un développement complet du sujet).
Ceci dit, il faut plusieurs arguments pour établir le caractère sectaire d’une organisation.

Méthodologie

La MIVILUDES a établi des critères permettant d’identifier une secte ainsi que de détecter des attitudes sectaires. On peut rapidement constater qu’il n’y a pas de faits suffisamment graves pour que la Mission Timothée soit inculpée, sinon, cela fait longtemps que ç’aurait été le cas. Alors pourquoi continuer à poser la question ? D’après ce que j’observe, il me semble que cette organisation cumule beaucoup d’éléments décrits dans la rubrique “Comment déceler l’influence sectaire dans le comportement d’un proche”. En gros, et pour anticiper sur ma conclusion, la Mission Timothée est juste à la limite pour ne pas être inculpée, mais collectionne tellement d’éléments caractéristiques des sectes que j’ai la ferme conviction que cette organisation est globalement plus dangereuse que bienveillante (à mon humble avis…).
Voici donc mon témoignage, ce que j’ai vu et entendu.

Les faits

Pour avoir été un adhérent pendant de nombreuses années, pour avoir encore des proches qui sont encore des adeptes, et pour être encore contacté aujourd’hui par d’anciens adeptes et des proches d’adeptes, j’observe les faits suivants.

Un langage propre

Oui : voir les mots entre ” ” dans ce qui suit. Le vocabulaire qui revient le plus souvent dans la bouche des adeptes est : “Daniel a dit…”, “s’humilier”, “se laisser briser”, “la crainte”, ”confesser ses fautes”, “se soumettre”, “régler son problème de […] avec [un responsable de la Mission Timothée]”, “malédiction” ou “jugement [de Dieu]”, “liens familiaux”. “L’indépendance” est fortement condamnée. On note également une forte proportion “d’esprits” en tous genres, dans un contexte un peu différents des charismatiques : ici il s’agit de “liens” qu’il faut “dénouer” en “s’humiliant” pendant un “entretient avec un “responsable” (ou “missionnaire” ou”candidat”).
L’utilisation d’un tel vocabulaire n’est en soi ni anormal ni unique dans les milieux religieux. Comme souvent c’est l’excès de son utilisation, ressassé dans la majorité des prédications et des discours des adeptes, qui en fait un usage toxique, car castrant, a sens psychologique du terme.

Modification des habitudes alimentaires ou vestimentaires

Oui : surtout pour les femmes… la parfaite “candidate” (=élève missionnaire) met de préférence des jupes longues et s’habille en couleurs ternes (pour ne pas être provocante ce qui entraînerait un rappel à l’ordre immédiat). À ma connaissance, jusqu’en 2005 en tous cas, le port de pantalon pour les femmes était proscrit. En conséquence, il était aisé de reconnaître les membres féminins de la Mission Timothée à leur aspect : jupes longues (au-dessous des genoux), cheveux longs, vêtements amples de préférence. En 2005, la Mission Timothée a prit conscience qu’elle avait au moins 30 ans de retard sur la mode, et surtout, que le port d’un jean n’était plus motivé par une sorte de féminisme des années 60. En quelques discours du haut de la chaire et en “réunion d’équipe” (=petit comité de membres privilégiés, tôt le matin), les pantalons et jeans ont été acceptés. D’un seul coup des dizaines (voire centaines…) de femmes ont été libres de porter des pantalons et cela s’est vu rapidement. Actuellement, le port de couleurs vives (pour les femmes encore une fois) est découragé car vu comme trop provoquant. Idem pour les bikini, les décolletés et les habits jugés trop sexys. À ma connaissance, rien de tel n’existe pour les hommes. En pratique, le changement vestimentaire est surtout visible chez les (aspirantes)-“candidates” : un manquement entraîne un rappel à l’ordre immédiat.
Alimentaire : certains aliments comme le boudin noir, fait avec du sang, ne sont pas interdits en soi, mais fortement déconseillé avec à l’appui un argumentaire (pseudo)-théologique tiré de l’ancien testament résultant en une mise en garde de consommer du sang. Noter que ceci est commun à d’autres milieux religieux, et reste un épiphénomène par rapport à ce qui suit…

Refus de soins ou arrêt des traitements médicaux régulièrement prescrits

L’usage de l’homéopathie est fortement découragé ; noter qu’en 2018 la faculté de médecine de Lille a stoppé son enseignement faute de véracité scientifique : je ne suis PAS en train de défendre ce genre de médecine ! Ce qui attire mon attention ici c’est que des conséquences démesurées sont prédites à son usage. Les thérapies psychologiques sont fortement condamnées et déconseillées (qualifiées de “diabolique” ou “humaine” donc mauvaises et/ou néfastes). Du coup, ce jugement empêche les gens fragiles d’aller chercher de l’aide auprès de professionnels qualifiés. Exemples : M. X., schizophrène, rejoint la Mission Timothée, ce qui a aggravé son état par une culpabilité démesurée. M.X. jeune adulte à tendances anorexique se réfugie quelques mois à la Mission Timothée le temps de trouver du travail, et se voit rapidement attribué un “esprit de mensonge”, ce qui l’a fortement angoissé et culpabilisé au lieu d’être rassuré et aidé. Son état était pire en quittant la Mission Timothée. (voir aussi la section “culpabilité extrême”).

La rupture avec l’environnement d’origine

Oui : c’est une des pierre angulaire de l’enseignement prodigué à la Mission Timothée, qui insiste sur la “séparation d’avec le monde” et en particulier d’avec la famille, appelés “liens familiaux” ou “esprits familiaux” (on peut noter au passage l’absence de cette expression dans la Bible). L’adepte doit “s’humilier” et “confesser” ses fautes et celles de ses ancêtres (jusqu’à 4 générations), en présence d’un “responsable” pour en être délivré. Le martèlement de cet enseignement doublé d’un dénigrement pour toute organisation autre que la Mission Timothée produit est méfiance et une distance d’avec les parents et membres de la fratrie, et parallèlement un rapprochement considérable d’avec la Mission Timothée. Cette distance est d’autant plus grande que les autres membres de la famille ne sont pas membre de la Mission Timothée.
Soyons clairs : prendre de la distance d’avec sa famille, est normalement une bonne chose : c’est le processus normal d’un adulte que de se distancer et se démarquer du reste de sa famille. Mais dans le cas de la Mission Timothée l’adepte remplace la famille par les membres de l’organisation, et surtout par ses responsables. Il/elle développe une certaine méfiance / défiance vis à vis de la famille, qui, il me semble, n’est ni normale, ni naturelle, ni constructive. Les adeptes ne sont pas encouragés à couper tous les ponts, mais la méfiance et condescendance développées pour la famille entraîne une distance non constructive ni pour les uns ni pour les autres. Quelques exemples : Mr & Mme X. parcourent 1000 km et se rendent à 30 km de chez leur frère et ne passe pas voir celui-ci. Les cousin(e)s de M. X. n’ont pratiquement plus de contact avec elle depuis qu’elle a divorcé de son mari car au dire des responsables de la Mission Timothée, c’est de sa faute si son mari la trompait. Lors du mariage de M. X., la grande partie de sa famille est choquée d’entendre pendant la cérémonie qu’heureusement que la Mission Timothée était là pour éduquer la mariée (bien sûr ce n’est pas comme cela que ça a été dit, c’était beaucoup plus subtil). Et que dire de la foule de petits détails difficile à appréhender : des regards, des silences qui en pratique en disent long et marquent un certain mépris vis-à-vis de tout ce qui n’est pas conforme à la Mission Timothée. Luc Warnon (numéro 2 de l’organisation) a souvent insisté pour que les adeptes passent leur week-end dans l’environnement de la Mission Timothée plutôt que dans leur famille (“ce n’est pas le moment de fêter l’anniversaire de la grand-mère” ; dans les années 2000).
En pratique, cela passe également par des habitudes comportementales complètement changées : l’adepte passe de préférence (toutes) ses vacances à la maison mère de la Mission Timothée à Anduze, y compris Noël (le “camps” commençant le 26, il n’est pas rare que la famille passe au second plan dès le soir du 25). La “candidate” parfaite ne fait plus de sport, n’écoute plus que les chants de la Mission Timothée et à la rigueur de la musique classique (et encore : on aura soin d’éviter les “Ave Maria” jugés “idolâtres”…). Il devient difficile aux adeptes de la Mission Timothée de simplement se réjouir avec d’autres membres de leur propre famille en cas d’événement heureux : M.X., candidate à la Mission Timothée se rend au mariage de son oncle et tante qui sont non-chrétiens, et argumente que la vraie joie est la joie intérieure, ce qui l’empêche de prendre part à la joie ambiante de l’événement. Si son oncle et sa tant avaient fait partie de la Mission Timothée elle aurait eu un comportement normal (i.e. adapté à la circonstance).

Une culpabilité extrême et démesurée

OUI ! Les adeptes passent un temps démesuré (i.e. à fréquence quasi quotidienne) à “s’humilier” pour des fautes qu’ils ont commis ou non (celles de leurs ancêtres par exemple ou simplement des péchés commis “dans l’église”, c’est à dire par d’autres membres de leur église). Un autre mot qui revient est celui de “se laisser briser”. La repentance, l’humilité et la confession sont les thèmes centraux de l’enseignement de la Mission Timothée. Notons que ce sont là des thème bibliques, et, en soi, cela n’a rien d’exceptionnel. Cependant, c’est l’excès d’enseignement sur ce thème, martelé à chaque culte ou réunion, qui, à mon avis, est non seulement déséquilibré, et aussi très néfaste en particulier pour des personnes fragiles (ou simplement des jeunes n’ayant rien vu d’autre dans leur vie). La “doctrine du péché des pères” (découverte par les fondateurs de la Mission Timothée dans les années 60-70) prétend que l’adepte doit “s’humilier” pour des fautes (“péchés”) commises par les ancêtres, jusqu’à la 4ème génération. En conséquence naturelle, les aléas de la vie (accident, incidents, maladie etc.) sont très souvent perçus comme des jugements de Dieu sur les générations suivantes. En pratique l’adepte va “confesser” ses péchés devant un “responsable” pendant un “entretien”. Il/elle en ressort “délivré de son problème de […]” par le responsable en question. De manière quotidienne, la grande majorité des prières des adeptes incluent une “humiliation” quelconque (confession d’une faute et demande de pardon à Dieu). De même, la grande majorité des prêches prodigués (en particulier par D. Issarte) ont pour thème (ou conclusion) la “repentance” (certains étant en ligne il est facile de vérifier cette affirmation).
L’humiliation quasi constante (quand il s’agit de “s’approcher de Dieu”) dans l’attitude des adeptes résulte également en partie de la doctrine de sanctification et de l’exacerbation de l’enseignement que c’est la posture par défaut du chrétien devant Dieu (souligné par exemple par 1 Pi 5:5). Sans faire de théologie poussée, on peut montrer que ça n’est évidemment pas le cas (avec les Psaumes par exemple). On peut noter que cet enseignement de la Mission Timothée ressemble donc étrangement à une superstition. En pratique, l’absence d’une posture équivalente d’humilité (apparente) chez un autre chrétien produit un mélange de méfiance et condescendance de la part de l’adepte de la Mission Timothée, qui conduit à son isolement du reste de la planète (cf section suivante).
Autres exemples de conséquences néfastes : Mr. X. a passé les premières années de sa vie à la Mission Timothée et, comme l’immense majorité de personnes dans ce cas, reste culpabilisé à l’extrême suite aux prédications dans ce sens entendues tous les dimanches matin. Plutôt que de se faire soigner par des professionnels, cette personne chercher à régler son “esprit de […]” (remplacer  “[…]” par : “indépendance”, “orgueil”, “idolâtrie”, “mort” ou autre), affublé au détour d’une conversation ou d’un entretient, et qui a malheureusement un impact énorme sur sa vie. Mr & Mme X. s’humilient et demandent pardon à Dieu pour des fautes commises par d’autres personnes, dans des situations qui n’ont absolument rien à voir avec eux. La culpabilité extrême dans laquelle ils sont (auto)-entretenus n’aide pas à se différencier et à accepter tous les blâmes et tous les torts, même prodigués à tort (évidemment…).

Note : rupture avec la famille et culpabilisation sont quelques étapes du lavage de cerveau.
Le caractère (dit) “prophétique” du ministère de Daniel Issarte entraîne une culpabilité des adeptes en cas de simple questionnement des paroles ou actions de celui-ci. Il est (je cite) “grave” de le critiquer, en vertu de 1 Ch 22:16. De même, les “fruits” que porte la Mission Timothée (i.e. l’aide aux personnes en difficultés, les conversions etc.) sont vus comme des preuves que ses membres font la “volonté de Dieu”, et donc s’y opposer revient à s’opposer à Dieu lui-même. Le résultat est une culpabilité extrême dès qu’il s’agit de critiquer (dans le bon sens du terme) la Mission Timothée. On fait appel à “l’amour fraternel” pour tuer dans l’oeuf toute tentative de dénonciation de l’attitude sectaire de la Mission Timothée. Finalement l’adepte qui se pose des questions est pris(e) dans une culpabilité extrême qui, de mon observation, ne part que des années après avoir quitté la Mission Timothée et après avoir comparé ce qui s’y passe avec se qui se passe à l’extérieur.

Une méfiance extrême pour toute personne ou organisation extérieure à la Mission Timothée

OUI ! À tel point qu’un parent n’est pas certain que ce soit “bien”(i.e non sans danger) d’inscrire son enfant dans un club de sport… Les organisation extérieur sont appelés “le monde” quand elles sont non-confessionnelles, ou bien concernent les milieux chrétiens d’autre confession, les évangéliques en particulier. La méfiance envers l’extérieur résulte d’un enseignement subtil où les autres milieux chrétiens sont la plupart du temps critiqués ouvertement ou de manière indirecte, et où les milieux extérieurs non-chrétiens jugés comme dangereux. Le résultat est que les adeptes s’isolent du reste de la planète. Ceux qui ont le plus d’expérience (qui y sont arrivés les plus vieux) en arrivent parfois à complètement occulter leurs expériences passés. Mme X est persuadée qu’elle s’est convertie dans la Mission Timothée alors que ça faisait 20 ans qu’elle l’avait fait dans un autre milieu : l’anecdote pourrait faire sourire si elle était isolée, et malheureusement l’adepte de la Mission Timothée développe une méfiance /défiance pour tout milieu extérieur à la Mission Timothée. Dans la ville de X., des membres d’une église découvrent un jour la Mission Timothée et décident d’y adhérer. Les autres membres notent immédiatement un changement d’attitude à leur encontre et vis-à-vis des autres églises. Finalement l’église se divise.
Les plus jeunes gens, n’ayant expérimenté rien d’autre que la Mission Timothée sont complètement formatés, incapables de faire la différence entre ce qui est bien ou mal pour eux, et en certain décalage par rapport au reste de la société. Depuis plusieurs années on entend que “la mission s’ouvre”. Dans les faits, les adhérents, sous l’impulsion des “responsables” participent à des événements communs avec d’autres milieux protestants. Cependant quand un adepte se rend dans un autre milieu, il est accompagné d’un “responsable” (sinon il est jugé comme “indépendant”, ce qui est fortement condamné dans le milieu), qui va s’attacher à expliquer ce qui est juste et ce qu’il ne l’est pas dans l’enseignement entendu et les pratiques vues. En conséquence, non seulement l’adepte n’est pas encouragé à développer son propre libre arbitre et sa capacité d’analyse et de critique, mais en plus le milieux extérieur visité est déconsidéré au final car il en résulte une critique négative, montrant que ses membres “n’ont pas tout compris”. Cette dernière expression traduit le fait qu’à la Mission Timothée les adeptes passent beaucoup de temps à “s’humilier”, ce qui est un gage de “sanctification” (voir section précédente). Les personnes extérieures à la Mission Timothée n’ayant pas la même pratique sont forcément moins sanctifiés. Ils sont donc considérés comme “souillés” et les fréquenter pour une raison autre que les aider, pourrait entraîner de se souiller également. Résultat : une méfiance extrême des adeptes de la Mission Timothée à quiconque ne fréquente pas la Mission Timothée.
Un autre résultat néfaste de cette méfiance extrême vis-à-vis des autres milieux intervient au moment où un adepte prend conscience des dysfonctionnements de la Mission Timothée et songe à la quitter. Le processus de séparation se trouve fortement freiné par cette méfiance : l’adepte a l’impression que quitter la Mission Timothée et rejoindre une autre organisation le mettra en danger (car les autres sont moins “sanctifiés” et qu’il prend donc le risque de “se souiller”). Ex : Mr & Mme X. ont quitté la Mission Timothée depuis des années, et sont toujours chrétiens, mais sont incapable de rejoindre une quelconque autre organisation pour les raisons mentionnées. Mme X. a quitté la Mission Timothée depuis plus de 10 ans mais raisonne toujours comme quand elle y vivait, et juge (dans le mauvais sens du terme) toutes les pratiques et organisations non conformes à celles de la Mission Timothée. Bref, la méfiance vis-à-vis des autres milieux l’empêche de sortir complètement de la Mission Timothée, même si elle n’y a pas mis les pieds depuis longtemps.

Situation de rupture avec le milieu social et professionnel

Oui : certaines professions sont extrêmement mal vues si bien que celles/ceux qui voudraient les pratiquer finissent par décider de faire autre chose. Les faits : Luc Warnon (numéro 2 de l’organisation) décourage systématiquement les études longues (sauf médecine à la rigueur…) en argumentant que seul le travail dans l’église compte. M. X. voulait faire kinésithérapeute, mais puisque cette profession n’est pas approuvée par la Mission Timothée, finit infirmière. Le métier de juge est fortement condamné pour les femmes, sous prétexte que leurs émotions les empêcheraient d’avoir un jugement impartial (comme si les hommes n’étaient pas influencés par leurs émotions, et comme si l’expérience montrait en effet que les femmes ne peuvent pas exercer le métier de juge…). M. X. prépare un bac+8 en sciences dures et entend de manière régulière et répétée pendant les prêches que les études longues sont condamnées. M. X. fraichement diplômé trouve du travail dans une ville où la Mission Timothée n’est pas implantée, et en conséquence refuse le poste.
La conséquence de la méfiance vis-à-vis des milieux extérieurs à la Mission Timothée est un certain isolement social, en particulier chez les jeunes qui doivent, par exemple, aller dans une ville où la Mission Timothée n’a pas d’implantation. Le jeune pourra fréquenter une église d’un autre milieux mais ne s’y engagera jamais autant qu’il/elle ne s’engage à la Mission Timothée (en général par peur de se souiller). Du coup, des mouvements pendulaires entre son domicile et une antenne de la Mission Timothée s’entretiennent. Un exemple frappant concerne le culte du dimanche de fin d’après-midi à Anduze (maison mère de la Mission Timothée) : les gens s’y rallient à 100 km à la ronde, plutôt que de s’engager localement. L’enseignement de D. Issarte est tellement porté aux nues que venir l’écouter prévaut sur l’engagement local. Il en résulte une certaine rupture avec le milieu local en général. M. X passe 3 ans dans une ville sans y faire de connaissance, car côtoie la Mission Timothée situé à 100km de son lieu professionnel : il est en rupture avec tous ses collègues socialement parlant. L’engagement pour la Mission Timothée prime tellement que tous les autres milieux sont déconsidérés.

Engagement exclusif pour le groupe

OUI ! En retour de “l’aide” (y compris la nourriture et le logement) apporté par la Mission Timothée aux gens, on leur enseigne que l’engagement dans l’église est primordial. Ce qui est subtil car non dit, c’est que cet engagement ne se fait pas dans n’importe quelle église : uniquement celle de la Mission Timothée. Les autres églises sont vues comme étant moins “sanctifiées”, et donc “souillées”, et il importe donc de limiter les contacts avec elles (voir plus haut). Le discours qui est tenu est le suivant : vos désirs sont mauvais car ils ne servent que votre orgueil et votre égoïsme, tout ce qui compte c’est de s’engager pour Dieu et pour les autres dans l’église. Appliquée à la lettre, l’orientation professionnelle, la famille, les loisirs etc. sont sacrifiés à l’autel de l’église, et en pratique, à la Mission Timothée.
L’engagement exclusif pour le groupe est particulièrement visible lorsqu’un adepte songe à partir de la Mission Timothée. Les phrases usuelles pour retenir les gens sont : “Après tout ce que tu as reçu à la mission, comment peux tu la quitter ?” (une phrase commune à tout système qui enferme les gens et les retient captifs), “il a trahi” (phrase plutôt assassine pour les personnes les plus faibles en tous cas ; couramment utilisée dans les techniques de harcèlement). Luc Warnon insiste lourdement sur le fait que l’engagement dans l’église est la chose la plus importante de la vie.
La relative “ouverture” de la Mission Timothée consiste à répondre aux requêtes d’aide de la part d’autres églises : la Mission Timothée se positionne donc en tant que sauveur, et ne considère donc pas les autres milieux comme égaux. La véritable ouverture consisterait à se laisser enseigner par les autres, par exemple en invitant un orateur extérieur à la réunion du dimanche en fin d’après-midi, qui est l’exclusivité de Daniel Issarte (par défaut) et fait se déplacer des foules à des km à la ronde.
Mr X. va visiter son frère à l’étranger. Au départ il décide d’y reste 3 semaines. Suite aux reproches d’un membre de la Mission Timothée qui ne “comprends pas” comment on peut prendre des vacances aussi longues “après tout ce qu’il a reçu”, il décide d’écouter son séjour à 2 semaines. Cette anecdote pourrait être bénigne si elle était isolée, et si la culpabilité portée par le jeune Mr X. était unique. Malheureusement c’est un cas très fréquent. Mr X., pasteur d’une église proche géographiquement de la Mission Timothée mais éloignée théologiquement, rencontre un fidèle présentant une addiction. Sachant que la Mission Timothée accueille des personnes ayant de telles difficultés, il la démarche pour savoir si elle peut l’aider, et quand la personne ira mieux qu’elle revienne dans l’église. La Mission Timothée répond par la négative : les gens aidés par la Mission Timothée ne sont pas censés retourner dans leur église mais rester dans la Mission Timothée. Encore une fois, une telle pratique n’est écrite et enseignée nulle part à la Mission Timothée.

Soumission absolue, dévouement total aux dirigeants

OUI ! Une admiration et obéissance excessive à / aux “responsables” de la Mission Timothée : la phrase la plus entendue étant : “Daniel a dit que…”. La soumission est un thème qui revient extrêmement souvent dans les prédications : la soumission à Dieu bien sûr, mais qui se traduit en une soumission à l’église, ce qui, dans les faits, revient à se soumettre aux décisions des responsables de la Mission Timothée. Voici quelques citations bibliques qui reviennent très souvent sont : “Obéissez à vos conducteurs spirituels” ou bien “Soumettez-vous les uns aux autres” (=> ce qui dans la pratique revient à se soumettre aux “responsables” de la Mission Timothée, car la réciproque n’est pas vraie), “n’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns” (=> interdiction de quitter la Mission Timothée). Toute critique à l’encontre des responsables de la Mission Timothée est qualifiée de “grave” et/ou de “révolte”, qui est elle-même fortement condamnée dans le milieu (ex : Mlle X., est reprise fortement par son propre frère pour avoir osé poser des questions concernant les agissements ou enseignements de Daniel Issarte). Le système est extrêmement pyramidal mais n’est jamais présenté comme tel, ce qui crée une confusion dans les esprits. En pratique, il n’y a que les avis de ceux qui sont en haut de la pyramide (D. Issarte, L. Warnon, les “responsables” haut placés) qui sont dignes de foi, et toute revendication, ou même question sur leurs avis sont fortement condamnés. Viennent ensuite l’avis des “pasteurs” et “missionnaires” (=ceux qui font la “formation” à la Mission Timothée à Anduze, et qui agissent par intérim des “responsables”). Pour finir viennent les adeptes à qui ont enseigne d’obéir et à qui on ne demande pas de réfléchir. Si c’est le cas, les réflexions sont qualifiées “d’humaines” ou “sataniques”, et donc fortement réprouvées et découragées. Les milieux évangéliques sont dédaignés car on n’y enseigne pas ce qui est bon ou mauvais: chacun se fait sa propre opinion. Or c’est justement l’adage des adultes de discerner le bien du mal. Cette faculté est déléguée aux “responsables” en général, et surtout à Daniel Issarte et/ou Luc Warnon (respectivement numéro 1 et 2 de l’organisation) par les adèptes de la Mission Timothée.
Mr X. dit avoir trouvé du travail une fois qu’il a accepté de “se soumettre” à la Mission Timothée : pendant un séjour où il était accueilli à la Mission Timothée et aidait dans les tâches usuelles ; cependant on lui a fait comprendre que ce n’était pas suffisant et qu’il était nécessaire qu’il fasse ce qu’on lui disait de faire. Peu de temps après il a enfin trouvé du travail, et ceci a été perçu comme une conséquence directe de sa soumission à la Mission Timothée. Mr X. déclare “je fais tout ce que le Mission Timothée me dit de faire”. Mr X., encore mineur, se demande pourquoi on lui conseille sans cesse d’arrêter de réfléchir et de raisonner. Les adeptes consultent les “responsables” pour tous les aspects de leur vie. Mr X. s’est vu opposé une date de mariage sous prétexte que cela nuirait à sa “formation” (il était “candidat missionnaire”, en formation à la Mission Timothée) et recule sa date de mariage d’un an. Les jeunes consultent un “responsable” pour trouver un(e) conjoint(e). Les adultes pour faire un gros achat (maison , voiture etc.). Les adeptes délèguent une partie de leurs facultés d’analyse aux dirigeants, comme montré dans le paragraphe suivant.
Daniel Issarte jouit d’une sorte d’immunité prophétique, qui conduit à la soumission des adeptes, et au mutisme concernant les déviances présentes à la Mission Timothée. En effet, il circule une rumeur, profondément ancrée dans les convictions des adeptes et entretenue par le groupe, que D. Issarte est un “prophète”, au sens de l’Ancien Testament, sur la base (j’imagine…) des dénonciations constantes des “péchés du peuple” (chrétiens et non-chrétiens, l’expression est empruntée à l’Ancien Testament) dans la majorité de ses prédications et entretiens. À l’image des prophètes de l’Ancien Testament, souvent seul contre l’avis de tous, cet homme dénonce en permanence tout ce qui ne va pas dans la vie et/ou attitude des gens. On peut noter au passage que c’est une attitude extrême, mais typiquement Française… L’histoire serait bénigne si elle s’arrêtait là. Malheureusement, ce statut de “prophète” est doublé de citations répétées pendant les prédications des versets de l’ancient Testaments mettant en garde contre toute critique envers les prophètes de cette époque (ex: 1 Ch 16:22 ou Ps 105:15 Ne touchez pas à mes oints, Et ne faites pas de mal à mes prophètes). Qu’est-ce que cela produit ? Tout d’abord un aveuglement (au moins partiel) sur les enseignements prodigués : si un tel est un prophète, il est envoyé par Dieu et donne la Parole de Dieu, qui est, par définition, incontestable. Le moindre doute vis-à-vis de cette parole est donc condamné rapidement : M.X. se fait durement reprendre parce qu’elle a posé une simple question sur l’enseignement de cet homme, et on lui dit que “c’est grave” de faire une telle chose. De plus, cela conduit au mutisme face à des actions douteuses ayant lieu dans la Mission Timothée : la dérive sectaire en particulier. L’adepte se sent profondément coupable d’avoir de telles pensées. De plus, il/elle se sent coupable de dénoncer ce qui ne va pas, par “crainte” d’être “sous le châtiment” de Dieu, ou bien tout simplement de “s’opposer à l’oeuvre de Dieu”. Le résultat net est que personne n’ose dénoncer ce qui ne va pas aux autorité (MIVILUDES en particulier), par peur des conséquences (soit-disant spirituelles).

Perte d’esprit critique

OUI ! La très grande majorité des adeptes consultent régulièrement (voire souvent…) les “responsables” de la Mission Timothée pour obtenir des conseils sur quoi faire dans beaucoup d’aspects de leur vie (mariage, achat de maison, orientation professionnelle, amitiés etc.). C’est une obligation tacite, jamais explicitée, mais ceux qui le pratiques sont les bons chrétiens (qui “avancent”, “règlent leurs problèmes”), et les autres des chrétiens “tièdes” ou “insoumis”. Du coup, la majorité des personnes ont un libre arbitre atrophié, et en tous cas ont beaucoup de difficulté à penser par eux-même et/ou prendre des décisions. Les responsables sont de facto des véritables gourous (ou des papes…).
On peut souligner qu’une telle pratique (entretien pendant lequel l’adepte confie son problème à un responsable qui lui donne une explication ou solution et/ou une prière pour “régler son problème” : ou entretien directif) a été prouvée comme étant très inefficace pour véritablement aider les gens, par un chrétien Baptiste du XIXème siècle. En d’autres termes, la Mission Timothée a plus d’un siècle de retard en ce qui concerne l’aide prodigué.
Quelques faits : M.X. ayant quitté la Mission Timothée nous demandait sans cesse : “et ceci, est-ce que c’est bien ?”, ce à quoi on répondait : qu’en penses-tu ? Il a lui fallu plusieurs mois pour comprendre qu’il/elle avait la capacité de discerner seul(e) le bien du mal. Mr X. pense que ce que dit la Mission Timothée vaut parole de Dieu, i.e. vérité absolue. M. X. quand elle posait de simples questions se faisait rétorquer qu’elle était “révoltée” et que c’était “grave” de poser de telles questions. “L’indépendance” est fortement condamné. Les malheurs de la vie sont perçus comme des “jugements” de Dieu, pour lesquels l’adepte “s’humilie” pendant un “entretien” avec un “responsable”.
À une jeune qui se demandait si elle n’allait pas aller visiter un autre milieu chrétien, X. (cinquantenaire) l’a mis en garde en lui affirmant que dans ce milieu-là on ne lui dira pas ce qui est bien et ce qui est mal. Cette petite phrase en dit long ! Elle nous dit qu’à la Mission Timothée ce sont les responsables (le plus souvent D. Issarte) qui sont seuls capable de discerner le bien du mal, et qui enseignent les adeptes. De plus, cela nous dit que les adeptes en question ne se posent justement pas la question de réfléchir et discerner par eux-même ce qui est bien de ce qui est mal. Ceci résulte en particulier d’un enseignement de la Mission Timothée qui souligne que le péché originel a justement été de vouloir savoir différencier le bien du mal. En conséquence, l’adepte de la Mission Timothée se sent coupable de vouloir discerner le bien du mal, et délègue donc cette faculté aux “responsables”, qui, parait-il, ont suffisamment de discernement pour une telle faculté. Malheureusement, ne pas discerner le bien du mal est le propre des enfants, et non des adultes. Les adeptes sont donc infantilisés en tous cas dans ce domaine. La conséquence est une emprise démesurée de la Mission Timothée sur tous les adeptes, qui ont délégués leur facultés critiques aux “responsables”, et qui les contrôlent de facto pour beaucoup d’aspects de leurs vies.
Les jugements sans appel de Daniel Issarte sur les adeptes (souvent proférés lors de “réunions d’équipes” – voir plus loin) ne sont parfois ni opportuns, ni vrais, et en tous cas peu modérés et expéditifs. Exemple : X. est qualifié de quelqu’un ayant “l’âme d’un traître” alors que c’est un adepte fervent. Fragile, il reste avec ce jugement pendant des années, en se culpabilisant outre mesure, persuadé que ce jugement est véridique. X. est choquée des propos concernant un membre de sa propre famille. Cependant, croyant que tout ce qui sort de la bouche de D. Issarte est “bon”, elle ne remettait aucunement en doute la véracité de ces jugements ni même ne voyait leur caractère calomnieux. En d’autres terme, D. Issarte étant considéré comme la référence pour définir le bien du mal (un peu comme l’incarnation de Dieu sur terre, à l’image des papes), il était impossible à cette personne de faire la part des choses : elle était troublée mais ne remettait pas en doute les paroles pourtant néfaste prononcées.
Dans le “lien des collaborateur” (email régulier envoyé aux “responsables” et adhérents les plus fervents) donnant des nouvelles de la Mission Timothée et de quelques “missionnaires” on peut y voir exposé les problème parfois intimes des personnes accueillies par la Mission Timothée. Le problème est que 1) normalement les confidences reçues par une personne ne devraient en aucun cas être répétées à qui que ce soit 2) la diffusion est faite à des dizaines de personnes 3) cela crée une réputation à la personne déjà en souffrance qui a eu le malheur de se confier à un “responsable” 4) apparemment, personne ne trouve rien à dire à cette pratique : aucun des récipiendaire ne trouve choquant que la vie passée ou présente de personnes qu’ils ne connaissent parfois même pas soit exposée de la sorte. La raison est que cette pratique est jugée de “bonne” car 1) provient de Daniel Issarte (dont les avis et jugements ne sont susceptibles d’être contestés que par les personnes au même niveau hiérarchique) 2) elle est censée aider les “responsables” à prier pour les personne accueillies. Bref, la perte d’esprit critique est visible dans l’absence de remise en question d’une telle pratique.
Parmi les éléments qui m‘ont choqué également figurait également l’histoire suivante : un employeur avait engagé une employée et déclarait ne pas être certain de renouveler son contrat car l’employée en question ne manifestait visiblement pas le désir de se convertir au christianisme. L’histoire pourrait faire sourire en argumentant que l’employée, lors de la signature de son contrat ne recherchait qu’un travail et il n’était stipulé nulle part que la conversion était une condition de renouvellement. Malheureusement cette histoire n’est rien d’autre que de la discrimination religieuse ! Et de nouveau, personne parmi les lecteurs du ’lien des collaborateurs” n’a eu l’air de s’en offusquer (à ma connaissance en tous cas). La raison du comportement de cet employeur trouve ses racines dans le fonctionnement de la Mission Timothée à Anduze : c’est un lieu d’accueil où le prix à payer pour trouver une aide sociale n’est malheureusement explicité nulle part (basé sur le volontariat et le don, à hauteur inconnue) et consiste en la conversion et la soumission. On peut comprendre que respecter les règles choisies sur un lieu d’accueil soit une condition pour y rester, et même une nécessité pour mettre des limites aux profiteurs. Mais quid de la conversion ? Pour conclure ce paragraphe, ce qui m’étonne et me choque est que ces pratiques ne sont nullement mises en cause par les adeptes, qui semblent tellement considérer D. Issarte comme Dieu sur terre que rien ou très peu de choses ne sont remises en cause (sauf sans doute si l’adepte appartient aux cercle restreint des personnes en haut de la pyramide hiérarchique…).
Réponse stéréotypée à toutes les interrogations existentielles
Oui. C’est la conséquence directe de ce qui a été décrit au paragraphe précédent. La doctrine dite du “péché des pères” est pratiquée par les adeptes (i.e. ils s’humilient pour des fautes soi-disant commises par leurs ancêtres). En conséquence, les malheurs de la vie sont vus comme des conséquences à ces fautes, parfois imaginaires (ex : les fautes de la grand-mère disparue depuis des années sont invoquées pour expliquer telle situation difficile : c’est très pratique car la grand-mère en question n’est plus là pour témoigner, et cela n’implique aucunement les vivants qui n’ont donc rien à justifier). Exemples : Mr et Mme X. viennent d’avoir un enfant, qui doit subir une intervention médicale assez rapidement (sans danger mais importante tout de même) : ceci est vu comme une conséquence de pratiques de sorcellerie de la grand-mère. De manière très générale, il est bon ton pour les adeptes d’avoir un avis similaire à celui des “responsables” concernant les grandes questions existentielles. Le risque que prend l’adepte en en exprimant des points de vue différents est d’être remis à l’ordre par rapidement par les autres adeptes ou par les responsables en question, en lui affirmant qu’il est “indépendant”, ce qui est fortement condamné.

Embrigadement des enfants

Difficile à dire : tous les parents partagent leurs convictions avec leurs enfants, donc à quel moment peut-on parler d’embrigadement ? Ceci dit, l’école du dimanche de la Mission Timothée concerne les enfants de tous les âges dès qu’ils peuvent comprendre ce qu’on leur enseigne. De plus, la méfiance extrême vis-à-vis de l’extérieur de la Mission Timothée véhiculé aux enfants qui n’ont jamais fréquenté d’autre milieu les enferme particulièrement. J’observe également que c’est souvent justement en découvrant les autre milieux, avec un oeil le plus objectif possible, que le questionnement surgit dans l’esprit des jeunes. Suite à une telle confrontation, M.X. a réalisé à quel point la Mission Timothée était fermée et a fini par sortir complètement. Ceci dit, il a fallut des mois pour que cette personne comprenne qu’elle était capable de discerner le bien du mal par elle-même (voir plus haut). Son nouvel entourage lui renvoyait ses questions en lui demandant ce qu’elle en pensait : cette posture était complètement nouvelle, car à la Mission Timothée on explique aux jeunes ce qu’il faut penser, et avoir un avis différent est rapidement qualifié de “révolte”. De la même manière, certaines personnes ayant quitté physiquement cette organisation mais n’ayant pas remplacé tous ses raisonnements et enseignements par autre chose, restent dans la même logique, et, en pratique, réfléchissent toujours comme s’ils n’en étaient pas sorti (je connais plusieurs  personnes dans ce cas). De plus, j’ai reçu plusieurs fois le témoignage de parents qui s’inquiètent pour leurs enfants car 1) la relation est coupée à cause des enseignements prodigués à la Mission Timothée, 2) ils ont l’impression d’être démunis face au changement d’attitude de leurs enfants qui semblent formatés et incapables de discernement. Le cas extrême est celui de M. X. d’abandonner la responsabilité de son enfant mineur au profit d’un couple “responsables” à la Mission Timothée (années 2010).

Existence d’atteintes à l’intégrité physique ou psychique

OUI ! À ma connaissance, pas physique (sinon cela fait longtemps qu’un procès aurait eu lieu), mais psychique : les jugements expéditifs et sans recours en particulier de la part de Daniel Issarte (également véhiculés par ses auditeurs, y compris dans le dos des personnes concernées) à l’encontre de personnes fragiles est dévastatrice, car enferment ces personnes dans une réputation et/ou une culpabilité extrême de laquelle il leur est très difficile de sortir, même après des nombreuses années (cas récent de M.X.). D. Issarte a des jugements sur tout et surtout des jugements. Plusieurs anciens adeptes de la Mission Timothée font une psychothérapie en en sortant, ou gagneraient beaucoup à en faire une (à mon humble avis…), afin de se débarrasser des jugements, raisonnements et échelle de valeurs extrémistes (“ultra-piétistes” pour citer S. Fath) véhiculés par la Mission Timothée. De plus, les ragots circulant extrêmement vite dans ce milieu fermé, un adepte prend tôt ou tard connaissance de sa réputation soit par un tiers, soit directement par D. Isssarte qui le lui crache au visage sous prétexte de vivre “dans la lumière” (en pratique : dire la vérité sans se soucier des dégâts que cela va causer). Les problèmes et réputations des gens sont exposés à tous les adeptes placés suffisamment haut dans la pyramide organisationnelle lors de “réunions d’équipe” le matin. La culpabilité extrême dans laquelle sont plongés certains adeptes est démesurée, ce qui les conduit dans un état dépressif (i.e. un mal être qui dure pendant des semaines voire des mois ou des années et mine le moral), voire proche du suicide (cas de M.X.). Voir également les exemples de la section “refus de soins”. L’état le pire est sans doute celui de l’adepte qui remet en cause les enseignements et pratiques de la Mission Timothée avant sa sortie : il reçoit des message contradictoire entre ce qui est prêché pendant le culte et ce qui est dit en privé lors “d’entretien” avec des “responsables”. Note : un exemple de message contradictoire : en prédication l’acte artistique de création est fortement condamné (jugé comme “humain” et donc forcément mauvais), et ce raisonnement est répété par les adeptes ; en privé, i.e. pendant un “entretien” on dit à M.X. que puisqu’il est artiste dans l’âme il est normal qu’il créée ; il en résulte une incompréhension pour les personnes les plus faibles, et un décalage entre l’avis de la grande majorité des adeptes, calqué sur ce qui a été entendu en prédication, et l’avis donné en privé.
Contrairement à l’immense majorité des milieux chrétiens qui prônent que la conversion est un choix personnel qui se passent entre un individu et Dieu, les pratiques de la Mission Timothée sont les suivantes. La conversion se fait “avec” un “responsable”, i.e. la personne qui souhaite se convertir demande un “entretien” avec un “responsable”, lui expose ses péchés et son désir de se convertir. Le responsable l’écoute, lui expose ce qu’il pense (présenté comme étant la vérité), et l’adepte prie en confessant son péché. Puis le responsable prie également en confirmant la confession de l’adepte. On dit alors que un tel “s’est converti avec” un tel. Le schéma est répété pour chaque problème supposé de l’adepte à chaque fois qu’il consulte un responsable. On dit alors que l’adepte a “réglé son problème de […]” avec un tel (remplacer […] par les vices les plus sordides, comme par exemple “esprit de mensonge / mort / orgueil” etc.). Cependant on explique également que le “problème de […]” est un lien et qu’il est difficile de s’en défaire. En conséquence, d’autres entretiens sont parfois nécessaires. Le même schéma est répété lors de malheurs de la vie : une cause est souvent trouvée (de préférence chez les grand-parents disparus, cf plus haut) et c’est l’occasion de “s’humilier” “avec” tel ou tel “responsable”. Qu’est-ce que tout cela produit ? Une incapacité pour les individus de prendre en main leur vie, de régler leurs problèmes s’ils le souhaitent tout seul ou avec une aide extérieure à la Mission Timothée, ce qui à son tour maintient les adeptes dans une situation de dépendance psychologique extrêmement forte. Ex : M.X. est parfaitement lucide sur les pratiques de la Mission Timothée et leurs toxicité et pourtant y retourne pour y trouver une solution à un problème (créé de toutes pièces par un jugement expéditif décrit plus haut) alors que justement il serait préférable d’en sortir complètement. Cependant, la culpabilité de devenir un “traitre” (i.e. tous ceux qui quittent la Mission Timothée) et l’angoisse d’être “souillé” au contact du “monde” ou (pire !) des autres milieux chrétiens “non sanctifiés” gardent les adeptes dans une soumission absolue et un état de tourment extrêmement toxique. Ce schéma est malheureusement typique des sectes : une véritable souricière qui se referme sur les adeptes à chaque tentative d’analyse indépendante, de réflexion ou de séparation. Tout est fait pour culpabiliser la personne et l’empêcher de vivre ou réfléchir par elle-même.
En matière d’éducation, D. Issarte a longtemps insisté sur l’importance que les enfants ne fassent pas de mal aux autres, ce qui est évidemment très louable. Là où le bas blesse, c’est que ce raisonnement est poussé à son extrême à la Mission Timothée, et devient littéralement (je cite) : “ce n’est pas grave si l’autre te fait mal, l’important est que tu ne fasses pas mal aux autres”. Malheureusement, cette petite phrasé (répétée à plusieurs prédications) la porte ouverte à tous les abus et la négation de la souffrance de l’individu. Il n’est donc pas étonnant que les adeptes hésitent à dénoncer les abus subis à la Mission Timothée, car souffrent d’une double culpabilité : celle de souffrir, et celle d’avoir l’impression de faire du mal aux autres membres de cette organisation (voir aussi l’épilogue). Au passage on peut noter également une atrophie du “moi” comme conséquence d’un tel enseignement.
Conclusion : l’intégrité psychique des adeptes est, à mon avis, fortement compromise à la Mission Timothée. On peut souligner que les adeptes s’y soumettent volontiers, ce qui ajoute à la difficulté d’en sortir, et qui est typique des sectes. Il est donc particulièrement difficile pour les jeunes n’ayant rien connu d’autre et qui sont convaincu que l’enseignement et les pratiques sont bonnes, de réellement voir l’autre face de la Mission Timothée.

Manque de sommeil

À M.X., une “candidate missionnaire” (i.e. une jeune qui fait la “formation missionnaire” de la Mission Timothée), qui se plaignait du manque de sommeil surtout pendant les camps l’été on répondait que la “fatigue fait partie du ministère”. Les temps des camps sont particulièrement éprouvants physiquement pour les personnes engagées. On leur enseigne que c’est normal, bien et beau de “souffrir pour Dieu” (en pratique, pour la Mission Timothée…). Les “candidats missionnaires à plein temps” célibataires ont peu d’intimité car partagent toujours un logement (“chalet” ou “dortoir”), même en dehors des camps. Ils participent à des “réunions d’équipe” tôt le matin, tout en se couchant tard après la réunion du soir et surtout après les discussions qui s’en suivent (pendant les “camps” cf prochain paragraphe).

Participation à des conférences, stages, séminaires, retraites, en France ou à l’étranger

OUI ! Les “camps” (“familles”, “jeunes”, “travail”, “missionnaires”) ne sont pas obligatoire de manière explicite, mais la pression de groupe fait que tous les adeptes participent à au moins un camps dans l’année. Parmi les réflexions entendues : “tu n’es jamais allé à la Mission à noël ?” : sous-entendu : comment est-ce possible ? Face à une quelconque situation difficile l’adepte reçoit comme conseil “d’aller à la Mission Timothée”, et de demander un “entretien avec un responsable”. L’entretien en question se passe de la manière suivante : l’adepte expose son problème ; le responsable l’analyse et l’explique ; l’adepte s’humilie pour une faute quelconque et en ressort “délivré”, car il/elle a “réglé son problème avec tel responsable”. M.X. disait d’une personne : elle a donné son coeur à Jésus et est même allé à la Mission !” : on en déduit que la conversion est moins importante pour cette personne que d’aller à la Mission Timothée. Aux jeunes qui ne savent pas trop quoi faire (ex après le Bac ou après des études, ou en situation de conflit en particulier avec le père), on leur donne comme conseil “d’aller à la Mission”, car la croyance non explicite veut que tout les problèmes se résolvent quand quelqu’un se rend physiquement là-bas. M.X. se demande quelle orientation prendre pour ses études et en parle à ses proches, qui tour à tour lui conseillent “d’aller à la Mission” et d’en “parler avec un responsable” : le fait que les responsables en question vive à 800 km du lieu d’étude de la personne et ne connaisse absolument rien à son domaine d’étude ne semble aucunement être un obstacle pour les adeptes car “aller à la Mission Timothée” résoudra de toutes façons ses problèmes, et les responsables sauront de toutes façons quelle option est la meilleure à choisir, ou en tous cas sauront conseiller l’adepte de manière adéquate. M.X. est parfaitement consciente du caractère fermé de la Mission Timothée mais y envoie quand même ses enfants en colonie ou camps de jeunes car estime que l’enseignement y est bon et constructif.
Suivant la position de l’adepte dans la hiérarchie de l’organisation, les “camps missionnaires” lui sont ouverts ou non. Ils concernent les “responsables” et pasteurs, qui sont dans une certaine confiance et confidence. À leur retour, il leur appartient ensuite de faire passer les messages prodigués par Daniel Issarte aux autres adeptes. De même les “réunions du matin” (cf paragraphe précédent) ne concerne que ceux qui sont un peu élevés dans le système pyramidale de la Mission Timothée. Pendant ces réunions, les problèmes des adeptes ou visiteurs sont exposés à tous, soit disant dans le but de prier ou eux, et dans un soucis de “vivre dans la lumière”, i.e. ne rien cacher. Cependant, une telle pratique est néfaste car 1) les problèmes parfois intimes que des personnes ont bien voulu confier à un “responsable” sont exposés à plusieurs 2) les ragots se colportent extrêmement vite, même en-dehors de ce cercle fermé, qui est loin d’être hermétique 3) c’est en particulier là que Daniel Issarte y expose ses jugements sur les personnes concernées et que leur réputation se crée 4) cette ambiance de jugement / ragot connu au final par un grand nombre de personnes crée un malaise chez certaines personnes déjà mal à l’aise avec leur image ; une confusion née dans leur esprit car cette pratique néfaste est jugée de “bonne”.

Autres observations (hors critères de la MIVILUDES)

Au chapitre du changement de comportement, on peut noter pratiquement un perte de personnalité afin de rentrer dans le moule idéologique et comportemental de la Mission Timothée. Exemple : M.X. est de nature joyeuse, énergique, entreprenante, créatrice. Quelques mois après son entrée comme “candidate” missionnaire (i.e. élève de la formation donnée par la Mission Timothée), tous ces traits de caractère ont été remplacés par les valeurs et comportement agréés par l’organisation: la joie extérieure a fait place à une joie tellement intérieure qu’elle ne se voit plus. L’énergie est focalisée à faire le ménage dans les “motels” et s’occuper de la cuisine. L’entreprenariat et la créativité sont remplacé par la “soumission”. Elle dit elle-même que sa famille est certainement “la pire” qu’elle ait jamais vu. Sa propre famille la reconnait à peine. Cette personne redeviendra elle-même lorsqu’elle sortira de la Mission Timothée.
La place de la femme : à la Mission Timothée, les femmes ont la réputation d’être pénibles (pour rester poli, mais un autre mot est souvent employé…). Elles doivent être “soumises” et “se taire dans l’assemblée” (d’après 1 Corinthiens 14:34-35). La conséquence pratique est que la parfaite “candidate” doit prier à la plupart des réunions, mais pas n’importe quand : elle doit d’abord attendre qu’au moins un ou deux hommes aient prié auparavant. Elle passe son temps à la maison mère à Anduze et y fait le ménage et/ou la cuisine “comme pour le Seigneur” (d’après Col 3:23). Noter que ses goûts et aspirations n’ont rien à voir avec ces activités. Il est de bon ton qu’elle ait un diplôme, mais de préférence dans une filière courte. De toutes façons, elle est destinée à se marier jeune (ex : une jeune de 21 ans se lamentait d’être encore célibataire, jusqu’à ce que quelqu’un lui fasse remarquer son âge et à la comparer à l’âge moyen auquel les femmes se marient aujourd’hui…), à avoir rapidement des enfants et bien sûr passer son temps à s’en occuper. Bref, un modèle de vie patriarchal particulièrement castrateur (au sens psychologique du terme).
La souffrance des familles est évidente quand on les entends décrire les changements dramatiques que leurs proches ont opérés au contact de la Mission Timothée. Une simple recherche sur Google en dit déjà long, mais qu’est-ce qu’une collection de témoignages face aux souffrances de conjoints, parents, frères et soeurs, amis qui 1) ne reconnaissent plus les proches 2) se sentent à juste titre, extrêmement jugés et dénigrés de manière directe ou indirecte ? Quiconque a été proche d’une personne souffrant de la sorte et ayant un minimum d’empathie ne peut y être indifférent.

Conclusion

J’observe que pratiquement tous les critères définis par la MIVILUDES s’appliquent à la Mission Timothée (j’enlèverai cependant l’atteinte à l’intégrité physique, à ma connaissance). J’entends souvent dire : “il y a un esprit sectaire à la Mission Timothée, mais on ne peut pas dire que c’est une secte”. Mais alors comment appelle-t-on une organisation dans le sein de laquelle règne un tel état d’esprit et dont les critères de la MIVILUDES s’appliquent aussi bien ? Appelons-un chat un chat : la Mission Timothée est une secte, par définition d’une secte.
La Mission Timothée est-elle une secte aux pratiques illégales ? Pas suffisamment pour passer au tribunal sur un fait en particulier. Par contre, le faits relatés ici montrent que les pratiques qui s’y passent sont typiques des sectes : culpabilisation, séparation, délégation des facultés de réflexion aux gourous, entretiens concernant les orientations de la vie etc. Ces pratiques sont loin d’être honnêtes vis-à-vis des personnes, voire carrément nocives. La Mission Timothée enferme les gens dans des raisonnements et des pratiques qui les isolent du reste du monde, ce qui n’est pas constructif, voire même destructeur. La culpabilité extrême dans laquelle les adeptes sont maintenus est, à mon avis, très dangereuse, castratrice (au sens psychologique) et enfermante. Il est en particulier impossible à un adepte de quitter ce milieu sans éprouver une grande crainte (du “monde”, de “se souiller”) et culpabilité (“il a trahi”).
Aux adultes qui choisissent d’y aller car pensent y trouver de l’aide, je conseillerais qu’ils se rapprochent d’autres adultes bienveillants qui ne les culpabiliseront pas pour qu’ils soient réellement aidés et pas embrigadé dans une secte. Mais le pire je pense concerne les jeunes qui n’ont jamais vu d’autre milieu et pensent que le reste du monde est “souillé” et “dangereux”. Je les encouragerais au contraire à se faire leur propre opinion et réaliser à quel point les autres milieux sont loin d’être aussi dangereux qu’on a bien voulu leur faire croire à la Mission Timothée, et surtout bien plus bienveillants concernant la liberté de vivre et de choix que tout ce qu’ils ont pu connaître à la Mission Timothée. Le résultat immédiat après avoir quitté la Mission Timothée et s’être débarrassé de la fausse culpabilité inculquée, est la possibilité de vivre tout simplement, de s’aimer soi-même, (re)-trouver une estime de soi, (re)-trouver la paix et la joie que la Mission Timothée détruit de manière systématique en prétendant vivre “dans la lumière” et “dans l’amour”.

Epilogue – Questions (plus ou moins) ouvertes

Pourquoi tant d’adeptes ? La réponse complète (que j’ignore) est donnée par les psychologues. Certains jeunes s’engagent dans l’armée car elle leur donne une structure, un sentiment d’appartenance : la recherche d’un père et d’une famille sont des motivations parmi d’autres. Il est reconnu également que le légalisme rassure. Le caractère sectaire donne un sentiment d’appartenance. J’en conclue que les adeptes de la Mission Timothée ont un grand besoin d’être rassuré sur des sujets fondamentaux et d’appartenance et/ou d’attachement à un gourou / pape / pasteur. De même, déléguer sa capacité à discerner le bien du mal aux responsables de la Mission Timothée est à mon avis l’indication d’une grande fragilité affective de la part des adeptes.
Que faire quand un de nos proches s’est laissé embrigader ? Les réponses les meilleures se trouvent sur le site de la MIVILUDES, donc inutile de les répéter ici.
Pourquoi tant de jugement de la part de la Mission Timothée vis-a-vis des autres organisations, en particulier des évangéliques ?  Conséquence du fait que les responsables se sont fait virés de la fac dans les années 70 ? Je l’ignore, mais en tous cas, juger n’est pas aimer.
Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour appeler un chat un chat ?  Je vois plusieurs réponses à cela. Tout d’abord l’argument “après tout ce que la Mission Timothée a fait pour toi” engendre une culpabilité extrême chez les anciens adeptes. Ensuite, la réputation de D. Issarte comme prophète et la citation martelée lors de prédications de 1 Ch 16:22 engendre une crainte de faire du mal à un saint homme. Peur et culpabilité sont le mélange gagnant des sectes. Que répondre ? D’abord que le raisonnement se trompe de but : l’intention par exemple d’un signalement à la MIVILUDES n’est pas d’emprisonner qui que ce soit (cf la section “Qu’est-ce que la Mission Timothée risque vraiment s’il s’avérait qu’il était démontré que des pratiques sectaires y ont lieu ?” plus haut). Le but n’est pas d’être “contre” qui que ce soit ou quoi que ce soit. Le but est que le mal cesse, en partie en le dénonçant. Le but par exemple est qu’un parent qui n’a pas vu son enfant depuis plusieurs années puisse de nouveau le/la voir. Le but est que la vérité et la lumière se fasse, que ce qui est caché apparaisse au grand jour. “On reconnaît un arbre à ses fruits” : le but est que les mauvais fruits engendrés par la Mission Timothée soient limités pour les personnes qui en souffrent (les adeptes qui s’y sentent bien n’ont pas l’air de souffrir).

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