L’enseignement et les pratiques de la mission Timothée sont-ils aussi bon qu’on le prétend ?
Note : voir également la démonstration que la mission Timothée est une secte
Introduction.
Pendant des années en encore aujourd’hui, on m’a affirmé que les enseignements prodigués à la mission Timothée étaient les plus complets, et donc les meilleurs de l’hexagone. Or après avoir vu d’autres milieux, il me semble au contraire que cet enseignement est très polarisé et très incomplet pour certains points. Le problème n’est pas tant d’avoir des opinions, mais plutôt d’insinuer de manière très indirecte par des propos et des attitudes que les opinions divergentes se trompent.
N’ayant jamais fait de théologie, je suis bien incapable de mener une reflexion sur ce créneau. Mon approche est plus pragmatique et se réduit souvent à l’observation des pratiques ou des dires, et des effets qu’ils produisent sur les gens, les jeunes chrétiens en particulier, mais aussi mes proches ou encore moi-même. Voici quelques anecdotes décrivant ma démarche.
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Prise de conscience.
En vivant hors de France pendant presque 5 ans, j’ai découvert qu’il existait plusieurs domaines qu’on m’a souvent enseigné comme étant “vrai”, et qui, après mûre réflexion ne m’apparaissent qu’être le reflet de choix personnel ou collectifs. D’autres part, j’ai vu d’autres manières de vivre sa foi chrétienne et l’église, ce qui m’a fait poser pas mal de questions sur les-dits enseignements. Ces quelques dernières années et encore aujourd’hui, je vois pas mal de gens qui se posent des questions sur ce qu’on leur a enseigné à la mission Timothée, et qui en général ne concerne pas forcément les discours entendus du haut de la chaire (quoi que) mais de la manière de vivre la vie chrétienne.
Aujourd’hui, j’observe que tous ceux qui s’éloignent de la mission Timothée pour une raison ou une autre passent par la même prise de conscience, à divers degrés. Du coup, de manière très logique, je m’interroge sur les enseignements reçus et sur les pratiques qu’on y trouve.
Observation :
-“on n’a jamais dit qu’on était les meilleurs”.
Cette affirmation est vrai stricto sensu, mais malheureusement à la mission Timothée on ne parle jamais en bien des autres milieux, ce qui est équivalent mais aussi beaucoup plus pernicieux ! Voici d’autres phrases qui me persuadent qu’on se croit les meilleurs à la mission :
-“tu vas à l’église au Canada ? Mais il n’y a pas la mission là-bas” : phrase entendue lors d’un de mes passage en France. Elle suppose qu’en dehors de la mission il n’existe pas d’église qui tienne la route. Bref, de quoi rappeler un certain “hors de l’église point de salut”.
-email me demandant comment je vais, moi qui suis loin et (je cite) “sans église” : supposition qu’il n’y a en Amérique du nord aucune église, ou, ce qui est plus pernicieux, qu’il n’y a pas d’église ayant un enseignement et des pratiques valables ou en tous cas des chrétiens sincères, au sens de la mission. J’ai aujourd’hui honte de dire que c’est pourtant dans cet état d’esprit que je suis parti en Amérique du nord, doutant de trouver des chrétiens sincères là-bas ! Ceci reflète non seulement une ignorance du reste du monde chrétien, mais aussi une attitude de jugement vis-à-vis des milieux différents.
-“au Brésil, il n’y a aucune église qui tienne la route” : entendu lors d’un passage en France, après la visite d’un responsable de la mission Timothée dans ce pays. Il faut traduire cette phrase comme : il n’y a dans ce pays aucune église dont les pratiques et les convictions sont similaires à celles de la mission.
-“il n’y a en France aucun autre milieu qui tient la route” : entendu pendant des années, et encore récemment lors de mon retour définitif. Cette réflexion reflète encore à mon avis une manière très polarisée de voir et vivre la vie chrétienne, et une ignorance du milieu protestant en France. Pour preuve : où sont les gens qui ont enseignés les fondateurs de la mission ? Certes, s’il y a eu séparation dans le passé c’est par divergence d’opinion. Et encore, sur un point de détail de doctrine, comme c’est souvent le cas à chaque création d’une nouvelle dénomination. Cela signifie que pour tous les autres points de doctrines, les enseignements sont très similaires. Juger un milieu sur un tel critère me parait très expéditif, ou traduisant une ignorance dudit milieu.
-“la mission s’ouvre” : Une phrase maintes fois entendues, en particulier après les rassemblements avec les églises réformées du Gard. J’avoue que je n’en crois rien. Ce que je vois c’est que la mission répond aux sollicitations extérieures (de la part d’autres églises) pour venir en aide aux autres (ce qu’elle a toujours fait d’ailleurs). Or être ouvert ne consiste pas à donner son aide ou son avis, mais à apprendre des autres. Dans les liens aux collaborateurs que j’ai suivi pendant quelques années, je n’ai jamais vu une remarque concernant la manière dont la mission ait appris quoi que ce soit en provenance d’autres milieux. Ses membres responsables choisissent en plus souvent de ne pas collaborer avec d’autres milieu par crainte de compromis. Cela suppose donc que non seulement il y a un risque de “contamination” à côtoyer d’autres milieux, mais aussi que ces autres milieux sont moins sanctifiés que la Mission Timothée. Un jugement que je trouve non seulement expéditif, mais aussi très borné.
=> Qu’est-ce que cela produit ? Une méfiance extrême des autres milieux chrétiens. Du coup, je vois aujourd’hui quelques personnes complètement perdues, car elle sont en désaccord avec les pratiques de la mission mais sont aussi complètement blocquées car tellement méfiantes vis-à-vis des autres chrétiens qu’elles sont incapables de les cotoyer par crainte de compromis avec les soi-disant péchés des autres. Et pourtant, c’est à mon avis faire preuve de grande maturité que de reconnaître non seulement ce que les autres font de bien, mais aussi de mieux que nous ! Encore plus mature d’encourager notre entourage à aller voir par eux-même, de comparer en “dispensant la parole de la vérité”, i.e. de faire le tri entre ce qui est bon à retenir et ce qui ne l’est pas. Dans la pratique à la mission on va effectivement voir les autres milieux, mais je n’ai jamais entendu beaucoup de bien en retour. Pire : on accompagne toujours les gens par peur qu’ils reçoivent un faux enseignement ! Ceci nous conduit au second point.
Les fils captifs.
J’observe l’incapacité de beaucoup de jeunes de partir (pour raison professionnelle par exemple) dans des villes ou endroits où la mission timothée n’a pas d’église implantée, alors qu’il existe quantité de chrétiens d’autres dénominations dans les autres endroits en question. Je ne vois pas d’autre explication que la méfiance envers les autres milieux que la mission Timothée suscitée par les enseignements mentionnée ci-dessus. Malgré sa vocation à l’enseignement et à la formation des missionnaires, et malgré son rapprochement avec la faculté de théologie d’Aix-en-Provence, les candidats missionnaires qui s’y rendent sont toujours accompagnés d’un ancien de la mission, car paraîtrait-il qu’il existe un danger d’enseignement de fausses doctrines.
Accompagner les jeunes dans d’autres milieux parce qu’il y a un danger de faux enseignement c’est :
-supposer qu’il n’y a pas (ou en tous les cas moins) de faux enseignement chez nous (et donc se mettre au-dessus des autres).
-supposer que le jeune est incapable de discerner le vrai du faux. Malheureusement cela est vrai s’il a toujours été accompagné et n’a jamais appris à se faire une opinion par lui-même !
-volontairement empêcher l’autre de devenir adulte, humainement et dans la foi, car finalement il ne se confronte jamais aux autres et à d’autres idées.
Dans la pratique, j’observe également d’autres comportements qui me semblent alarmant : les fils ne quittent pas leurs pères (ce qui au passage semble en totale contradiction avec l’enseignement du péché des pères, cher à la mission Timothée). En effet, il existe quantité de fils qui reviennent “aider leur père” après un passage à la mission. De même, certains jeunes ne quittent pas leurs parents en travaillant soit directement avec eux à la mission, soit de manière indirecte avec les amis des parents dans une église de la mission. Ce genre de situation me parait dangeureux. Il me semble que le parfait exemple est celui de mon ex-beau-frère, qui a travaillé des années à 2 pas de chez Papa-Maman, à tel point que c’est sa mère qui lui faisait les comptes. J’imagine qu’il a commencé à grandir le jour où il a trompé ma soeur et qu’il a fini par divorcer et a déménagé à quelques centaines de km de chez ses parents, mais bien sûr, tout près de la mission.
À certains jeunes qui posent des questions sur les enseignements ou les pratiques, on leur dit qu’ils sont révoltés et que (je cite) “c’est grave” de dire ce qu’ils affirment. De quoi tuer dans l’oeuf la moindre réflexion. Je note que le système pratiquement épiscopal de la mission n’encourage pas non plus la croissance.
=> Qu’est ce que tout cela produit ? Une incapacité en particulier pour la seconde génération de la mission timothée à grandir spirituellement, mais aussi humainement. Est-ce une répétition du passé, où les pères ne supportent pas que les fils pensent différemment ? Je l’ignore totalement, mais je vois plusieurs jeunes totalement perdus car bien qu’étant en désaccord avec certaines pratiques ou croyances de la mission, ils se méfient fortement de tous les chrétiens n’y appartenant pas (cf section précédente), subissent une pression énorme pour les empêcher de partir (cf section 3-Quelques phrases typiques quand on parle de partir) et sont donc totalement blocqués en particulier dans leur vie spirituelle.
Autres phrases révélatrices (s’il en est), entendues dans les milieux de la mission :
-“tu ne sais pas quelle orientation professionnelle choisir ? Parles-en à un responsable à la mission !” ou l’équivalent : “j’en ai parlé à untel [=responsable qui habite à 800 km de chez moi et qui ne me voit qu’une ou 2 fois par an], et il est d’accord”.
-“tu n’es jamais allé à la mission à noël ???”
-en parlant d’une personne non chrétienne, suite à une évangélisation : “elle a prié, et elle est MÊME allé à la mission !”. On en conclu que pour cette personne, aller à la mission est plus important que de donner sa vie à Jésus.
-conseil donné à mes 2 soeurs quand elles ne savaient pas quoi faire : “va à la mission, tu iras mieux”.
-au sujet de personnes partant en voyage : “je pense qu’il y a d’autres priorités dans la vie que partir en voyage et qu’un séjour à la mission leur permettrait de se concentrer sur l’essentiel”.
-au sujet d’un groupe qui priait, sans la présence d’un responsable : “c’est n’importe quoi !”
=> Qu’est-ce que ces phrases produisent ? L’impression qu’à part à la mission rien ne va et qu’y aller résoudra tous nos problèmes. Une sorte de : “hors de l’église point de salut”. Bien sûr il y a énormément de gens qui s’y sont senti bien et pour qui un (ou plusieurs) séjours ont fait beaucoup de bien, moi y compris ! Ceci dit, je ne comprends pas pourquoi on en parle autant et de cette façon. Je ne comprends pas pourquoi les chrétiens y passent autant de temps, pourquoi ils y vont comme on participerait à un pélerinage. Je ne comprends pas non plus pourquoi l’organisation de la mission semble aussi épiscopale, pourquoi on impose un mode de vie d’église à 800 km d’Anduze (=à Evreux par exemple, en tous cas à l’époque où j’y étais), pourquoi les gens demandent conseil pour 1001 raisons et pourquoi on ne leur dit pas de grandir et de prendre leurs responsabilités.
2-des pratiques étranges.
La pseudo humiliation.
En rentrant en France j’ai été extrêmement surpris, et même choqué (!!!) en cotoyant de nouveau le milieu de la mission Timothée que le thème de la repentance revienne tellement souvent que toutes les prières lors de chaque réunion étaient l’occasion de s’humilier. Cela m’a semblé non seulement ne pas avoir de sens (qui peut prétendre être réellement et pleinement convaincu de péché 2 à 3 fois par semaine ?), mais aussi refléter un enseignement très polarisé, qui à mon avis ne correspond pas à la vie chrétienne dans son ensemble. S’humilier n’est qu’une partie de la vie chrétienne. Pour certaines raisons la mission timothée a décidé de mettre l’accent sur ce thème, de même que toutes les églises sans exception mettent l’accent sur un point particulier. Je pense que “marcher humblement” (Michée 6:8) ne veut pas dire s’humilier constamment. Du coup j’avoue ne plus comprendre pourquoi les membres de la mission passent autant de temps à s’humilier. Ceci dit, toutes les églises sans exception mettent l’accent sur un thème de la Bible. Il n’y a donc rien étonnant à en trouver une dont le thème soit la repentance et l’humiliation. Les pentecôtistes insistent sur le parler en langues, les charismatiques sur les dons, les baptistes sur le baptême, les évangélistes sur l’évangélisation, les “Timothéistes” sur l’humiliation : au final quelle différence ? Tous prétendent croire et vivre toute la Bible, alors qu’en réalité, aucun ne la vit complètement. Pourquoi donc ne pas simplement le reconnaître ? Tous ont fait une expérience il y a longtemps et y sont restés attachés au point de développer un nouveau mouvement. Il n’y a donc à mon avis aucune raison particulière de choisir tel ou tel milieu, qui de toutes façons proclamera qu’il croit et applique la Bible entière. Il me semble donc que la seule motivation à fréquenter un milieu est de savoir si l’accent qui y est mis nous convient ou non (voir aussi plus loin sur la question de doctrine).
La langue.
En commençant à côtoyer des chrétiens d’autres assemblées j’ai appris qu’il existait hors de la mission une quantité de chrétiens profondémment blessés par des responsables de la mission qui n’ont pas su tenir leur langue et ont été répété ce qui leur a été dit en privé à d’autres personnes. La mission timothée a donc la réputation d’avoir un enseignement solide, mais ne sachant pas tenir sa langue. J’ai malheureusement fait la même expérience à deux reprise, dont la seconde à mon retour en France. Or, qu’est-ce que cela produit ? Ceci a immédiatement détruit toute confiance que je pouvais avoir dans les personnes que je cotoyais dans l’assemblée et des responables en particulier. Comment s’investir sans confiance ? Sur le même sujet, j’ai au contraire été agréablement surpris dans d’autres églises que les sujets sensibles et les problèmes des gens ne soient pas répétés à tour de bras. À tel point que lors de mon retour en France j’ai été littéralement choqué de voir le nombre de fois que les chrétiens de la mission parlaient les uns sur les autres. J’avoue que je comprends pas cette attitude de mes frères et soeurs en Christ, censés couvrir les péchés des autres par amour (en référence à Jc 5:20). Qu’on se “rassure” : j’ai également trouvé que c’était une pratique typiquement Française, comparé à d’autres pays…
Rock, Jean et viandes
“Un chrétien sincère finira par reconnaître que le rock ne glorifie pas Dieu et est un compromis”
Une phrase maintes fois entendue à la mission. En arrivant en Amérique du nord, j’ai découvert des centaines de chrétiens très sincères, ayant parfois un enseignement doctrinale similaire à la mission (église de McArthur par exemple), et n’ayant aucun problème avec la musique rythmée, le rock en particulier. Dailleurs, la majeure partie des églises ont une musique rythmée ! De plus, le même raisonnement se faisait entendre à la mission au sujet des jupes longues, jusqu’au jour où il a été décidé qu’un tel raisonnement n’avait plus raison d’être. J’en conclu que prétendre qu’un chrétien sincère finira par reconnaître que le rock ne glorifie pas Dieu est un mensonge. De plus cela veut dire que les églises qui refusent le rock sont sincère alors que tous les autres ne le sont pas : cela révèle une attitude de jugement qui se place au-dessus des autres. Rock ou pas dans l’église, c’est à mon avis finalement le même problème que les viandes sacrifiées aux idoles : une problème de conscience et de choix (en général par peur de pécher par compromission). Or nous sommes appelés (1 Co 8) à ne pas juger ceux qui pratique (en prétendant qu’ils ne sont pas sincères ou pas suffisamment avancés spirituellement) ni à railler ceux qui ne pratiquent pas (en les considérant comme ringards ou frileux).
Personnellement, je m’attend à ce que la musique rock finisse par entrer dans la mission Timothée de la même manière que les jeans pour les femmes y ont été autorisés : au lendemain de la déclaration par un responsable haut placé que finalement, les raisons qu’on avait pour ne pas tolérer cette musique il y a 40 ans n’ont plus lieu d’être aujourd’hui.
“Engagez-vous, engagez-vous qu’il disait…”
J’utilise cette citation de la BD Astérix, pour désigner les discours ou attitudes qui encourage les gens à s’engager dans l’église à n’importe quel prix. En général, le discours qui est tenu est le suivant : vos désirs sont mauvais car ils ne servent que votre orgueil et votre égoïsme, tout ce qui compte c’est de s’engager pour Dieu et pour les autres dans l’église. Appliquée à la lettre, l’orientation professionnelle, la famille, les loisirs etc. sont sacrifiés à l’autel d’une certaine église. Je vois 2 problèmes à un tel raisonnement. Le premier c’est qu’on ne peut donner que ce qu’on a reçu. Du coup, si on prend pas de temps pour soi, comment peut-on donner aux autres ? Bizarrement, on entend toujours des sermons sur « tu aimeras ton prochain », mais rarement sur « comme toi-même », en faisant la supposition que vu notre égoïsme naturel, il n’y a pas besoin de parler de la deuxième partie. Or il me semble, sans être grand psychologue, que c’est une manière d’atrophier l’estime de soi, qui en contrepartie, empêche d’aimer les autres car l’un et l’autre sont liés d’après ce verset !
Études et métier.
De même qu’on reconnait la mission Timothée dans un article d’H. Blocher (cf http://jack-martial.chevalier.over-blog.com/article-la-confession-du-peche-des-ancetres-117529545.html ), de même on se sent visé quand on prépare un Bac+8 et qu’étant le seul étudiant de la salle on entend régulièrement du haut de la chaire que les études longues ne servent à rien car ce qui compte c’est de servir dans l’église. Idem quand au retour d’Amérique du nord on entend que “certains chrétiens préfèrent partir aux US et être maître de conférence par appât du gain”, surtout quand on a un poste équivalent à maître de conférence. Ce qui fait tout d’abord sourire c’est qu’il est de notoriété MONDIALE qu’on ne fait pas maître de conférence, ou plus généralement de études longues, par appât du gain ! Ce qui est triste c’est tout d’abord de constater un tel jugement sans connaissance de la part de responsables d’églises. Quel privation d’un réel encouragement, quand on entend tous les témoignages des étudiants dans les autres milieux ! De plus, qu’est-ce que ce genre de discours produit chez un jeune chrétien ? Un doute effroyable de savoir s’il fait la volonté de Dieu. Au pire, ce jeune changera complètement d’orientation parce que certains métiers ne sont pas bien vus à la mission (kiné par exemple). Par contraste encore une fois, combien de fois ai-je entendu dans les autre milieux des jeunes chrétiens témoigner de l’œuvre de Dieu dans leur vie quotidienne d’étudiant ! Du coup, j’avoue que je ne comprends absolument pas pourquoi un tel acharnement contre les études et certains métiers existe à la mission. Serait-ce par jalousie ? Certainement.
3-Quelques phrases typiques quand on parle de partir
Entendues à la mission principalement, mais pas uniquement pour être tout à fait honnête : n’importe quel groupe évoluant en vase clos en particulier est capable de telles inepties. Nombre de phrases qu’on entend ne reflètent pas l’opinion de tout le monde et de toute la mission. Ceci dit, je ne peux ignorer les faits décrits ici tout simplement parce que j’en suis choqué et que j’en ai souffert.
“on ne quitte son église que sur une base doctrinale”.
Cela peut se comprendre. Je note cependant plusieurs choses :
-il est reconnu que les questions doctrinales concernent en général des détails et non des questions fondamentales. Ex: le remariage des personnes divorcées, le style de musique dans l’église, la manière d’évangéliser, l’hérédité spirituelle etc. (les chrétiens ne se battent pas pour savoir si Christ est ressuscité par exemple)
-je ne vois nulle part dans la bible un verset sur le sujet. J’irai même plus loin. En prenant 1 Co 13 “Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance […] si je n’ai pas la charité, je ne suis rien”, j’en conclue que le critère le plus important pour rester dans une église n’est certainement pas la doctrine mais l’amour. J’en conclue aussi que l’affirmation “on ne quitte son église que sur une base doctrinale” n’est rien d’autre qu’un choix, et pas une vérité en soi.
“Après tout ce que tu as reçu à la mission, comment peux tu la quitter ?”
Une phrase maintes fois entendue dès qu’on parle d’aller dans un autre milieu. J’en conclue plusieurs choses :
-c’est une phrase attristante et immature de la part de ceux qui la prononcent. Attristante parce que c’est faire pression sur quelqu’un qu’on est censé aimer et donc laisser libre. Immature car il est bien plus mature d’être content pour cette personne de saisir une opportunité de faire et voir autre chose, tout en reconnaissant notre propre tristesse de la voir partir. J’ai eu la chance d’avoir été entouré de telles personnes en particulier en Amérique du Nord.
-c’est une phrase extrêmement alarmante car elle est couramment utilisée dans les techniques de harcèlement ! Voir “Boundaries” (H. Cloud & John Townsend) ou “Les abus spirituels” (Poujol & Zivi). Dire cette phrase révèle une mentalité et un comportement sectaire. Du coup, quand j’entends des gens de la mission dire : “on a frisé l’esprit sectaire”, je me dis que cela fait 20 ans au moins que cet esprit sectaire est là, et qu’on ne l’a malheureusement toujours pas vu. Pour tous les détails concernant le caractères sectaire, voir cette page.
-on savais que l’accueil à la mission n’était pas gratuit financièrement, ce qui est tout à fait normal pour que toute la structure puisse fonctionner. Avec une telle phrase on en conclue que l’aide apportée nous coûte un engagement personnel à vie. Or notre vie n’appartient pas à une église ou un milieu, donc il n’y a aucune raison de mettre une telle pression sur quelqu’un.
“il a trahi”.
Une phrase que j’ai souvent entendu dans la bouche de frères de la mission concernant des personnes qui la quittaient. Cette phrase révèle :
-encore une fois un manque de maturité, car c’est considérer comme une attaque personnelle le fait de vouloir se faire une opinion par soi-même. Un peu comme dans une cours de récréation où un enfant dirait : “puisque tu causes à un autre, tu n’es plus mon copain !”
-un manque de mesure : la trahison est un terme fort, employé à propos de Juda par exemple. Choisir de servir Dieu dans un autre milieu que celui dans lequel on a baigné quelques temps devrait au contraire être source de réjouissance car cela prouve que la personne fait son chemin et grandit par elle-même. Il y a quand même une grande différence entre un Juda qui aurait été suivre un autre maitre que Jésus (disons un pharisien par exemple) et un Juda qui l’a fait condamner !
-une volonté (consciente ou non) de garder les gens pour soi, ce qui met une très forte pression sur tous ceux qui oseraient penser aller voir ailleurs, les empêchant de grandir par eux-même.
J’ignore par qui, où et quand ces 2 dernières affirmations (“Après tout ce que tu as reçu à la mission, comment peux tu la quitter ?” et “il a trahi”) ont vu le jour à la mission, et peu importe après tout. Le fait est qu’elles existent depuis de nombreuses années. Je pense que cela met une pression non négligeable sur les gens, et en particulier les jeunes qui n’ont jamais rien vu d’autre. Cela coupe toute éventualité de dialogue et donc de compréhension. Je ne m’étonne donc pas du tout de voir des jeunes (ou des moins jeunes) “péter les plombs” et s’enliser dans un conflit interne extrême, pris entre l’envie de se faire une opinion par soi-même et la peur de sortir d’un système qui finalement ne tolère pas de sortie. C’est à mon avis une attitude cruelle et très immature que de prononcer de telles paroles.
“Obéissez à vos conducteurs spirituels […] car ils veillent sur vos âmes”, d’après Heb 13:17
Citer cette phrase pour dissuader les gens d’aller voir ailleurs rentre également dans un discours et une attitude douteuse s’il en est : cf le paragraphe précédent (et références) sur l’esprit sectaire, dont le propre est d’empêcher les gens de partir en les culpabilisant. Retenir les âmes n’est pas veiller sur elles il me semble.
“Soumettez-vous les uns aux autres” (d’après Eh 5:21).
Même commentaire que ci-dessus : employé afin de garder les gens autour de soi est une attitude douteuse. Dans la pratique, j’ai souvent vu les gens se soumettre au conseil des fondateurs de la mission (au sens très large), mais rarement la réciproque. J’en veux pour preuve l’expérience de mes propres parents. Noter qu’il appartient à chacun de se soumettre ou non aux conseils des autres, et de les considérer d’égal à égal ou non.
“N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns”, d’après Heb 10:25.
Même commentaire que précédemment. Note : certains commentateurs comprennent ce verset comme : n’abandonnez pas votre habitude de vous rassembler, i.e. ne perdez pas la communion fraternelle, ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas changer d’église. Sinon, cela voudrait dire que nous devrions passer notre vie entière (sauf nécessité) à côtoyer la même église ! Malheureusement ce syllogisme crée en particulier chez les jeunes qui n’ont jamais rien vu d’autre une culpabilité et une tension interne extrême, qui les paralysent totalement !
Conclusion :
l’enseignement de la mission est-il aussi bons qu’on le prétend dans ce milieu ? J’en doute fortement car, à mon avis, c’est un enseignement très polarisé, qui insiste énormément sur l’humiliation, alors qu’on pourrait choisir d’insister sur un autre thème. Dans la pratique, et pour caricaturer volontairement, lors d’un sermon, on va entendre pendant 50 minutes une démonstration de notre état de pêcheurs dans tous ses moindres détails. Et puis pendant les 10 minutes qui restent, on entend l’œuvre de Jésus-Christ qui nous sauve de cette misère. En partant, on a davantage en tête le péché que la grâce de Christ. Pourquoi n’a-t-on pas fait le choix inverse en parlant principalement de la grâce que du péché ? Il ne s’agit pas de ne vouloir écouter que des choses agréables, car on ne peut présenter la grâce sans parler du péché. Je m’interroge uniquement sur la volonté de voir les gens être davantage préoccupés du péché de soi-même, de celui des ancêtres et de celui de tout ceux qui nous entourent, que de la grâce. J’en conclus que c’est un choix, et rien d’autre qu’un choix, basé sur des convictions. Rien de grave en soi. Ce que je trouve grave, c’est d’insinuer indirectement que les autres milieux qui font autrement se trompent, et n’ont rien compris à la sanctification. De telles prétentions rendent le milieu de la mission Timothée extrêmement fermé. Il n’y a donc à mon avis rien d’étonnant de voir pas mal de jeunes « péter un câble » et partir en claquant la porte : ça me paraît tellement logique ! En attendant, quel dommage de voir ces chrétiens complètement perdus, à la dérive, et blessés par les ragots.
Épilogue.
Le milieu évangélique Français étant restreint, je sais très bien que je côtoierai mes frères et sœurs de la mission tôt ou tard. De plus j’ai suffisamment de membres de la famille pour avoir des occasions d’y passer. Ceci dit, je pense que l’enseignement dispensé non seulement ne correspond pas à mes convictions, mais est aussi très incomplet, contrairement à ce qu’on m’a dit pendant des années.